jeunes penseurs du changement et la domocratie(J.P.C.D)est un mouvement panafricains

Ce qui nous unis est plus fort que Ce qui nous différentier; l'avenir est la gouvernance d’équipe qui est la gouvernance de responsabilité

11
mai 2014
Robert Nesta Marley dit BOB Marley
Posté dans artiste, culture, histoire, information sur les activités des jeunes penseurs par jeunes penseurs du changement et la democratie à 9:47 | Pas de réponses »

bobmSuperstar du Reggae et prophète rasta, Bob Marley reste une des principales icônes du monde contemporain. Disparu prématurément en 1980, il a transformé un style issu de la musique populaire jamaïcaine en un mouvement majeur.
Phénomène plutôt rare, Bob Marley est à la fois adulé du grand public, qui découvrit le reggae avec lui, et des connaisseurs les plus exigeants. Retour sur la vie et l’œuvre du Duppy conqueror.


L’enfance d’un chef

« Them belly full but we hungry/ A hungry mob is an angry mob/A rain a fall but the dirt is tough/ A pot a cook but the food no’ nough« . ‘Them belly full

Robert Nesta Marley naît le 6 février 1945 à St-Ann, dans la paroisse de Nine Miles. Fils d’un capitaine blanc de la marine parti une fois son forfait commis et d’une paysanne jamaïcaine noire, il découvre la difficulté d’être métisse, pris entre deux mondes qui s’ignorent. Adolescent, il quitte la campagne pour Kingston, comme beaucoup de jamaïcains que la misère poussent vers les villes. Pourtant, le travail y est rare et Bob vit à Trenchtown, sordide ghetto où se concentrent la pauvreté, le crime et la crasse, dans une promiscuité bien peu poétique au premier abord. Là, il rencontre Bunny Livingston, puis Peter Mackintosh, comme lui passionnés de musique. Peter joue un peu de guitare et les trois amis chantent les tubes de Rythm’n'Blues entendus sur les radios de Miami.

Bob Marley enregistra son premier morceau, Judge not, à 16 ans, en 1961. Une industrie musicale commençait à se développer à Kingston, de façon désordonnée. Le taux de chômage était alors de 35 %. Il venait de laisser tomber son job de soudeur. Judge Not passe inaperçu mais Bob persiste. En 1964, il forme les Wailing Wailers

- Les wailing wailers en 1964/65 -

avec Peter Tosh et Bunny Wailer. Bientôt, ils signent un contrat avec le Studio One, le label de Clement « Coxsone » Dodd. Leur premier titre, Simmer Down, sera le tube de 1961 en Jamaïque. Devenus les Wailers, ils travaillent avec Leslie Kong, puis avec Lee « Scratch » Perry. A chaque fois la collaboration est fructueuse sur le plan artistique mais décevante sur le plan financier. En Jamaïque, les droits d’auteurs ne signifient pas grand chose, et même les chanteurs à succès ne parviennent pas, alors, à vivre de leur production. Les Wailers ne perçoivent que très peu d’argent tout en étant d’énormes vedettes locales. Cheveux courts, costumes chics, les Wailers jouent du ska et du Rock Steady. La compétition, alors, est rude. Pour beaucoup de jeunes du ghetto, la musique constitue un espoir de sortir de la misère. En 1971, la chanson Trenchtown Rock cartonne dans toute l’île.

 

See Rasta

Jusqu’en 66, d’ailleurs, la musique de Bob Marley reposait encore pour une très large part sur cette glorification du style de vie urbain des voyous jamaïcains. De Rude boy à Steppin’ razor, l’hymne des caïds de Kingston chanté par Peter Tosh, en passant par Rule them ruddy ou I’m the toughest (aussi chanté par Peter, et repris par une foultitude d’artistes, dont Johnny Clarke et I-Roy), le jeune Marley assumait le style ‘rocker’ pour épater la galerie. Il faut attendre sa rencontre avec Mortimo Planno, figure tutélaire du mouvement rasta à Kingston, pour que Bob se laisse pousser les dreads et laisse tomber les bracelets cloutés. Peu après, Vernon Carrington – « Gad the prophet » pour les Rastas et fondateur de l’Eglise des 12 tribus d’Israël – poursuivit l’éducation spirituelle de Bob Marley, bien que la star se défendra plus tard d’avoir eu besoin de quiconque pour trouver sa voie (c’est bien naturel) :

« You have to look inside yourself to see rasta. Every Black is a rasta, dem only have to look inside themselves. No one had to tell me. Jah told me himself. I and I look inside I self and I saw Jah Rastafari ».

Gad révéla donc à Bob le secret des 12 tribus d’Israël, selon lequel chaque personne appartient à une de ces tribus en fonction de son mois de naissance. Pour Bob, c’est clair, il est né en février, donc il appartient à la tribu de Joseph. D’ailleurs, dans Redemption song, Bob se présente comme la réincarnation de Joseph, fils de Jacob : « but my hand was strenghtened by the hand of the almighty« .

A la fin des années 60, les Wailers devinrent le premier groupe jamaïcain populaire à faire de la philosophie et des rythmes rastas le fondement de leur musique. Les Wailers avaient accompli un chemin musical et spirituel d’envergure, donnant naissance à un mouvement culturel original et infléchissant l’évolution du reggae comme aucun autre artiste. Depuis un titre comme Simmer down, (1964, morceau écrit par Bob Marley et enregistré au Studio One) où le jeune Bob Marley s’époumone sur un beat très ska avec un chorus reprenant le refrain, le groupe a imprimé une marque indélébile à cette musique.

« I and I are of the house of David. Our home is Timbuktu, Ethiopia, Africa, where we enjoyed a rich civilization long before the coming of the Europeans. Marcus Garvey said that a people without knowledge of their past is like a tree without roots« .

Bientôt, la plupart des stars du reggae devinrent rastas et, en retour, le reggae devint le principal vecteur d’expression de la culture rasta et de ses revendications. Des chanteurs comme Marley devinrent plus que des amuseurs. Ils étaient des révolutionnaires (revolutionnary workers) et des représentants des pauvres de Kingston, chez qui leur message arrivait par la radio, comme dans tous les foyers de l’île.

« Them belly full but we hungry/ A hungry mob is an angry mob/ A rain a fall but the dirt is tough/ A pot a cook but the food no’ nough« .

Par ces mots simples chantés avec une voix squelettique, Marley diffusa au sein du peuple jamaïcain des éléments de conscience politique. Il s’en prit au système raciste (skinocratic system) de la Jamaïque, qui plaçait les blancs en haut de l’échelle sociale, les mulâtres au milieu et les noirs en bas. Dans Crazy baldhead, il chante :

« Didn’t my people before me/ Slave for this country/ Now you look me with a scorn/ Then you eat up all my corn« .

En 1967, Marley cessa d’enregistrer, quitta Kingston et retourna dans sonis (12) village natal de St. Ann mountain. Dans ces collines, il conclut son engagement envers Jah Rastafari, donnant une inclinaison définitive à sa vie, à sa musique et au mouvement rasta lui-même. Pendant un an, Bob adopta le style de vie rasta. Lorsqu’il revint à Kingston à la fin de 68, il s’engagea dans le combat musical grâce auquel il demeure célèbre. Ironie du sort, Marley s’était isolé au moment où le monde changeait, où la jeunesse exprimait son ras-le-bol et son désir de nouveauté, comme si cet isolement avait été nécessaire, au milieu de la fureur, pour venir proposer aux masses occidentales une nouvelle spiritualité.

Les premières chansons à connotation religieuse de Bob Marley parurent en 1968. Il s’agit de Selassie I is the temple, Duppy conquerorSmall axeet Trench town rock.

Pour Marley comme pour de nombreux rastas, les noirs sont une tribu perdue d’Israël. Ils se considèrent comme les véritables Hébreux et tiennent les occupants actuels d’Israël pour des imposteurs.

Bien que certains rasta extrémistes (secte Nyabinghi) considèrent qu’il faut tuer l’oppresseur blanc, tous les rastas refusent de porter les armes. Comme l’explique Bongo-U, un guérisseur rasta de Montego Bay, « La violence est laissée à Jah. Seul Dieu a le droit de détruire« . Les Rastas croient à la force spirituelle et au pouvoir des éléments : tremblement de terre, le tonnerre, l’éclair. Selon le précepte biblique, les Rastas s’interdisent de manger lorsque d’autres meurent de faim. Ils vivent en communauté, partageant leurs biens et s’échangeant des services.

is (10)Au milieu des années 60, lorsque la violence connut de nouvelles flambées dans les ghettos de Kingston Ouest, la police et le gouvernement s’en prirent aux Rastas, brûlant leurs maisons et les mettant à la rue. Au plus fort de la répression, les forces de police détruisirent le quartier de Black o’ wall, un endroit du bidonville où vivaient de nombreux rastas, dans des cabanes faites de bois et de tôle. A l’aube, alors que la population dormait, les policiers arrivèrent à la tête d’un convoi de bulldozers pour raser l’endroit. Dans la panique, beaucoup de femmes, d’enfants et d’hommes furent blessés et nombreux furent arrêtés. Ces épisodes inspirèrent un grand nombre de reggaemen, qui trouvaient là matière à actualiser leur combat contre l’oppression, contre l’injustice et contre Babylone, ancrant le reggae dans une réalité politique, géographique et sociale particulièrement passionnée.

Naturellement, la répression dont était victime le mouvement rasta, loin de l’affaiblir, renforçait sa popularité. Ses effectifs continuèrent d’augmenter tandis que le style rasta imprégnait désormais toute la société jamaïcaine. A l’étroit dans les villes, les Rastas historiques encouragèrent bientôt les jeunes à développer des communautés à la campagne, loin du « shitstem » (= système de merde). Les Rastas ont une culture de l’autonomie, fondée sur la pêche, la culture et l’artisanat. Cet appel à déserter Babylone se traduisit par une profusion artistique, les peintres, les sculpteurs sur bois et tous les autres Rastas doués d’un quelconque talent se mettant à transformer de nombreux endroits de l’île – à commencer par Kingston – en un lieu d’exposition et de méditation autour d’objets et de compositions de toutes sortes. Ce dynamisme culturel attire aujourd’hui un grand nombre de touristes sur l’île. Néanmoins, le principal impact de ce mouvement concerne le reggae, vers lequel affluèrent un grand nombre de jeunes désœuvrés, auparavant engagés dans des bandes et cherchant désormais à gagner leur vie et à développer leur talent dans la musique. Un type comme Dillinger est représentatif de cette mouvance des « rude boys » transformés en reggaeman – certes survolté – par l’influence des communautés rastas.

En 72, durant les mois qui précédèrent les élections, le Premier Ministre is (7)Hugh Shearer, leader du Jamaican Labour Party, décide d’interdire la diffusion des chansons rastas à la radio. Ces efforts étaient dérisoires, le reggae étant partout dans l’île, un marché noir très animé s’étant même développé à l’occasion de cette interdiction. Le JLP fut d’ailleurs défait cette année là, tandis que Michael Manley, leader du People’s National Party, devenait Premier Ministre. Bien que Marley se défendait de faire de la politique (« Me no sing politics, me sing bout freedom »), il devint de facto une force électorale avec laquelle il fallait compter. Les deux camps eurent l’occasion de le récupérer (en le citant) ou de le poursuivre en justice.

Comme les Rastas sont en contact direct avec Dieu – ils lisent au moins un chapitre de la Bible chaque jour – ils n’ont pas besoin d’intermédiaires. De là le rejet de tous les systèmes, qu’ils soient politiques, commerciaux ou administratifs. De même, le mouvement ne peut pas avoir de clergé ni de leader.

 

Wailers inna Ingland

En 72, alors que les Wailers travaillent sur une musique de film pour Nash en Angleterre, celui-ci les laisse en plan, partant aux États-Unis pour la promo d’un de ses disques. Les Wailers sont au bout du rouleau : Peter et Bunny ne supportent plus la grisaille londonienne, et veulent rentrer au pays. Déprimés et fauchés, les Wailers sont au point de rupture, lorsque Bob décide d’aller voir Chris Blackwell, le patron d’Island, une toute jeune maison de disque. Fils d’une famille de planteurs jamaïcains, élevé sur l’île et fan de ses musiques populaires, Blackwell connaît évidemment les Wailers. Il les engage, leur concède une avance et se montre pressé d’entamer une collaboration prometteuse.

- Les Wailers au grand complet lors de leur réprésentation à la BBC en 1973 -

Bob Marley et les Wailers éditeront une dizaine d’albums chez Island. Tous furent disques d’or (500 000 albums vendus) en Europe et au Canada. Deux furent disques d’or aux États-Unis (Rastaman Vibration et Uprising).

 

Bob s’en va prématurément

« There’s a natural mystic flowing through the air/ If you listen carefully now you will hear/ This could be the first trumpet, might as well be the last …« 
Natural mystic

A la fin des années 70, Bob apprend qu’il est malade. Atteint d’un cancer, il sait qu’il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre. Il décide de poursuivre son œuvre, soucieux d’exploiter au mieux le laps de temps dont il dispose, pour aider ceux qu’il a toujours défendus.

En 78, la délégation sénégalaise aux Nations-Unies attribua à Bob Marley la médaille de la paix dans le tiers-monde (Third World peace medal) en remerciement de son influence en tant qu’artiste au service de la révolution. Pour le Zimbabwe, Marley organisa un concert au Boston’ Harvard Stadium afin de récolter des fonds pour la nouvelle Nation.

Lorsqu’il rentre d’Harare, où les Wailers viennent de donner un concert en l’honneur de l’indépendance du Zimbabwe, le 18 avril 1980, Bob sait qu’il est en phase terminale. Il travaille comme un lion pour mettre au point le journal de Tuff Gong, son studio d’enregistrement. Il le baptisa Survival et, malgré l’approche mystique et les passages consignant « les enseignements de Sa Majesté », le journal de Marley faisait l’effort de toucher les jeunes. Bob Marley termina sa vie en prenant soin d’aider durablement les causes pour lesquelles il avait lutté. Il céda les droits d’auteur de certaines chansons à une Fondation dont l’objectif était d’aider les enfants du ghetto à s’alimenter correctement (the Hunger project). Il laissa aussi un Testament en faveur de la cause africaine :

« I and I made our contribution to the freedom of Zimbabwe. When we say Natty going to dub it up in a Zimbabwe, that’s exactly what we mean,  » give the people what they want  » Now they got what they want do they want more ?  » Yes « , the Freedom of South Africa. So Africa unite, unite, unite. You’re so right and let’s do it.« 

En septembre 80, Bob Marley donne son dernier grand concert au Madison Square Garden de New-York, devant 20 000 personnes. Le jour suivant, il est pris d’un malaise alors qu’il court un jogging dans Central Park. Quelques jours après, il a un nouveau malaise, cette fois lors d’un concert, à Pittsburgh, au cours de ce qui devait s’avérer être son dernier show. Bob lutta plusieurs mois contre la maladie, un cancer du cerveau, dans la clinique du Dr. Joseph Issel, en RFA. Il mourut le 11 mai 1981 à Miami, au cours d’une escale alors qu’il rejoignait la Jamaïque pour y vivre ses derniers instants. Il avait 36 ans. Il fut enterré dans un caveau à St. Ann, près de la maison familiale, par sa femme, Rita, qui l’embauma comme les Égyptiens et les Africains le faisaient pour leurs rois.

- Dernière photo de groupe prise dans un ascenceur lors de la tournée américaine de 1980 -

Sa mort fut ponctuée de célébrations divers. Le mercredi 20 mai fut un jour de deuil national. Une cérémonie officielle eut lieu au Stade national, en présence de Sir Florizel Glasspole, le gouverneur général, de Michael Manley, le leader de l’opposition, et d’Edward Seaga, le premier ministre. Ce dernier annonça l’érection d’une statue en l’honneur de Bob Marley, la première du genre, dans le Jamaica Park. Il conclut en disant « May his soul find contentment in the achievment of his life and rejoice in the embrace of Jah Rastafari ». A ce moment, les milliers de Rastas venus rendre un dernier hommage à leur prophète acclamèrent Jah en reprenant en chœur « Rastafari ! Rastafari ! ». Dans la mort, la société officielle reconnaissait finalement Marley et son Dieu.

Agacés par cette forme de récupération, les Wailers poussèrent les barrières de police, prirent le cercueil dans lequel reposait Bob Marley et l’embarquèrent sur une camionnette. Ils partirent, suivis par un cortège incroyable, fait de bus, de voitures, de motos, de vélos et de gens courant derrière cette procession motorisée qui s’enfonçait dans le cœur de la Jamaïque, en direction des montagnes natales de Bob. Edward Seaga, décidé à ne pas se laisser écarter de l’événement, se fit transporter par hélicoptère jusqu’au temple qui devait accueillir la dépouille. Ce faisant, il arriva avant tout le monde, évitant le trajet sous le soleil, au milieu de la foule. La cérémonie eut lieu dans le plus grand désordre, une foule de plus de 10 000 personnes priant et chantant pour le départ du Dieu du reggae, tandis que les forces de police, à cheval, faisaient mine de vouloir ramener un ordre que personne n’entendait troubler.

 

Quelques événements devenus historiques

- 5 décembre 1976 : La tentative d’assassinat de Bob Marley en plein concert ne l’empêche pas de conclure sa performance mais le contraint à l’exil

- Bob à l'hopital après la tentative d'assassinat du 3 décembre 1976 -

«  I have to run like a fugitive to save the life I live « 
Iron Lion Zion

Cet événement historique témoigne de la violence endémique qui règne en Jamaïque et qui conditionne le contexte social, politique et culturel dans lequel le reggae s’est développé.

Bob avait accepté de participer au Smile Jamaica concert, programmé au National Heroes Park de Kingston le 5 décembre 1976. Bien qu’il se défende de faire de la politique, Le concert apparaît clairement comme un soutien de Bob au gouvernement de l’époque, dirigé par Michael Manley, le leader du parti de gauche, le PNPN.

- Le "Smile Jamaica Concert" eu lieu le 5 décembre 1976 pour promouvoir la paix en Jamaïque -

L’affiche du concert ‘Smile Jamaica’ contenait d’ailleurs la mention suivante : ‘Concert presented by Bob Marley in association with the Cultural Department of the Government of Jamaica’. Bob reçut des menaces de mort de la part des hommes de main du JLP, le parti de droite, convaincu que cette publicité fait à leurs adversaires politiques leur permettrait de gagner les élections à venir.

Quelques jours avant le concert, Bob et sa famille sont victimes d’une tentative d’assassinat à leur domicile, au 56 Hope Road. Un homme armé débarqua et se mit à tirer sur les personnes présentes. Don Taylor, le manager des Wailers, reçut quatre balles. Rita Marley fut également blessée de plusieurs balles. Bob, lui, fut touché à la poitrine et au bras gauche. Lewis Griffith, un ami de Bob, fut également blessé, assez sévèrement. Heureusement, personne ne fut tué cette nuit là. Choqué, tous se réfugièrent dans les montagnes au-dessus de Kingston, pour se mettre à l’abri. A ce moment, les Wailers ne savent plus s’ils doivent participer au concert.

Lorsque le moment de jouer arrive, c’est le groupe Third World qui débute le concert, Bob, Bunny et Peter étant absents. Burning Spear, également inscrit au programme, n’est pas là non plus. Attirée par l’affiche, plus de cinquante mille personnes s’amassent pourtant sur le lieu de l’événement. Finalement convaincu de venir par talkie-walkie – il peut entendre la foule réclamer sa venue – Bob descend à Kingston escorté par la police, dans une Volvo rouge où Bunny et Peter ont également pris place. Prévenue de l’arrivée imminente des Wailers, la foule de Heroes’s Park exulta, donna à l’instant une profonde intensité.

Lorsque Bob arriva sur scène, il s’adressa au public pour affirmer sa neutralité et apaiser les conflits latents.

« When me decided ta do dis yere concert two anna ‘alf months ago, me was told dere was no politics. I jus’ wanted ta play fe da love of da people.

Affaibli, incapable de tenir sa Gibson à cause de sa blessure, Bob annonça qu’il ne jouerait qu’une chanson. Sur ce, il entama un set époustouflant de 90 minutes, ouvert avec War. Heureux, victorieux et rigolard, Bob quitta la scène en mimant un cow-boy en plein duel, exhibant sa blessure puis partant dans une danse africaine. Après ce succès, Bob s’envola pour Londres, où il devait séjourner 18 mois, à l’abri des violences de la Jamaïque.

-22 avril 1978 : One love Peace Concert à Kingston : Bob réconcilie pour quelques heures les factions politiciennes qui déchirent la Jamaïque

- Bob réunit les mains des 2 rivaux politiques lors du "One Love Peace Concert" le 22 avril 1978 -

«  Emancipate yourself from mental slavery/ None but ourselves can free our minds …  »
Songs of freedom

Cet événement marque le retour triomphant de Bob Marley en Jamaïque après l’exil auquel l’avait forcé la tentative d’assassinat dont il avait été la victime. Au-delà de ces retrouvailles entre le dieu du reggae et ses fans, le concert est une date historique car elle marque la réconciliation, au moins symbolique, entre le Premier Ministre Michael Manley et le leader de l’opposition, Edward Seaga. Leur rivalité avait conduit l’île au bord de la guerre civile, les membres de chaque camp s’opposant de façon violente dans les rues de Kingston et des autres villes de l’île. Seul Bob Marley était en mesure d’initier un tel rapprochement. Par son charisme, il permet au peuple jamaïcain de retrouver un semblant de paix.

Au début de 1978, deux sujets de conversations occupaient les Jamaïcains. Le premier était la pénurie de produits alimentaires, orchestrée par les Etats-Unis pour déstabiliser le gouvernement de Michael Manley. Le second concernait l’imminent retour sur l’île de Bob Marley après son exil volontaire aux Etats-Unis.

Les deux partis du pays, le PNP (People’s National Party) et le parti de droite, le JLP (Jamaican Labour Party) avaient constitué des groupes armés pour porter dans la rue leur opposition idéologique. Les deux groupes recrutaient des hommes de main dans le ghetto, où les voyous étaient prêts à tout contre quelques dollars. Certains leaders, comme Claudie Massop pour le JLP ou Bucky Marshall pour le PNP, commencèrent même à acquérir un statut de superstar.

L’avion de Bob arriva à Kingston (aéroport Palisadoes/Norman Manley) le 26 février 1978. Dès cet instant, Bob Marley savait que son retour n’avait de sens que s’il parvenait à mettre fin à l’escalade de la violence, qui divisait l’île et effrayait ses habitants. Heureusement, le rapprochement avait été initié un peu plus tôt à Londres, début février. Lors d’un tournage vidéo, Bob avait été approché par des miliciens des deux camps, venus lui demander s’il accepterait de participer à un show, le « One Love Peace Concert », dont l’objectif était de mettre fin aux rivalités meurtrières.

Le concert connut un succès qui dépassa toutes les espérances, d’autant que les médias saisirent l’occasion pour se pencher sur la situation politique de l’île. Toutes les stars du reggae étaient présentes, dont Jacob Miller, Inner Circle, The Mighty Diamonds, Trinity, Dennis Brown, Culture, Dillinger, Big Youth et Ras Michael and The Sons of Negus. Pour marquer le coup, les Wailers décidèrent de sortir un album dédié à l’occasion, Kaya.

Pendant le concert, Bob Marley harangua Michael Manley et Edward Seaga, leur reprochant de persécuter les rastas pour leur amour de l’herbe. Il alluma un joint sur scène, puis leur demanda de le rejoindre pour se serrer la main, montrant par leur exemple que le combat politique devait rester un dialogue entre frères :

« To make everything come true, we’ve got to be together, yeah, yeah. And to the spirit of the most high, His Imperial Majesty Emperor Haile Selassie I, run lightning, leading the people of the slaves to shake hands. . . To show the people that you love them right, to show the people that you gonna unite, show the people that you’re over bright, show the people that everything is all right.
Watch, watch, watch, what you’re doing, because . . . I’m not so good at talking but I hope you understand what I’m trying to say. I’m trying to say, could we have, could we have, up here onstage here the presence of Mr. Michael Manley and Mr. Edward Seaga. I just want to shake hands and show the people that we’re gonna unite . . . we’re gonna unite . . . we’ve got to unite . . . The moon is high over my head, and I give my love instead. The moon is high over my head, and I give my love instead.
« 

Pour donner plus de force à cette réconciliation symbolique, Bob exhorta la jeunesse jamaïcaine à travailler pour la paix.

« Yes, the Peace, is really the Youth of Jamaica started it really. Asked me to help and get it together, y’know, knowing that I was one of the victims during the time of the politics. This peace work, it don’t stop … it never stop … We know it never stop. That mean, we the youth got a work to do.« 

-18 avril 1980 : Bob Marley fête l’indépendance du Zimbabwe

« Every man gotta right to decide his own destiny« 
Zimbabwe

is (9)Le 17 avril 1980, Bob Marley joue à Harare, au Rufaro Stadium, à l’occasion des festivités qui marquent l’indépendance du pays. Il avait été invité par le gouvernement nouvellement élu, notamment en raison du soutien apporté à la ZANLA au travers de sa chanson Zimbabwe.

Personne n’avait songé à indiquer aux Wailers le cadre dans lequel ils allaient jouer : le show était programmé à la suite des cérémonies d’indépendance et pour un parterre exclusif de personnalités internationales, dont Robert Mugabe, le nouveau Premier Ministre, le Prince Charles et Indira Gandhi. En tout, 104 chefs d’Etat ou représentants assistaient à ce spectacle. De fait, les Wailers furent un peu pris par surprise, n’étant pas prêts lorsque le speaker annonça leur show, juste après la fin de la cérémonie d’indépendance.

En définitive, les premiers mots prononcés dans le Zimbabwe indépendant, alors que le nouveau drapeau était à peine hissé sur le mat furent

« Ladies and gentlemen, Bob Marley and the Wailers !« .

Bob cria « Viva Zimbabwe ! », et le show s’ouvrit sur Positive vibrations, avant de se poursuivre par Them belly full. Alors que Marley entamait I shot the sheriff, un chahut impressionnant commença : la foule amassée dehors, à la fois excitée et furieuse d’être tenue à l’écart de l’événement, se mit à s’agiter et cassa les portes du stade, provoquant un désordre inattendu. Les forces de l’ordre intervinrent pour stopper le concert. La police blanche de l’ex-Rhodesie balança des gaz lacrymogènes sur la foule noire amassée en dehors du stade. Les rythmes joués par Familyman, le bassiste des Wailers, faisaient monter la pression. L’ordre ne revint que lorsque les guérilleros de la ZANLA (Zimbabwe African National Liberation Army) traversèrent le stade le poing levé, assurant les personnes présentes que la police ne pouvait pas mettre fin aux célébrations.

Bob Marley revint sur scène après un quart d’heure d’interruption, en criant « Freedom ! ». Un speaker anglais, d’une voix pincée, lui annonça par haut-parleur « Bob Marley, you have exactly two minutes left ». Marley répondit par la provocation en entamant War, hymne à la paix et à la libération de l’Afrique, morceau d’anthologie créé par la mise en musique du discours prononcé par Heilé Sélassié devant les nations unies.

« Until the ignoble and unhappy regimes/ That now hold our brothers/ In Angola/ In Mozambique/ South Africa/ In subhuman bondage/ Have been toppled/ Utterly destroyed/ Everywhere is war« 
War

Robert Nesta Marley dit BOB Marley dans artiste lion1

Certains spectateurs se joignirent à Bob Marley pour chanter et danser avec lui sur scène, reprenant en chœur un refrain adressé aux voisins sud-africains, où l’apartheid demeurait : « there will be war until South Africa is free« . Les scènes d’allégresse se poursuivirent, la foule étant désormais rassurée sur son avenir. La fête devenait une façon de montrer aux racistes blancs qu’un pays nouveau se construisait et que, contrairement à ce qui avait été dit, les noirs de Rhodésie ne devraient pas attendre 2035 pour prendre leur destin en main. L’atmosphère resta surréaliste. Neville Garrick, l’ingénieur rasta qui assurait la production des concerts des Wailers, avaient orienté son impressionnant dispositif de façon à pouvoir faire entendre la musique à la foule restée en dehors du stade, dans des conditions plus que satisfaisantes. Pour cela, plus de 40 ensembles de baffles, tweeters, mixers et jeux de lumières avaient été mobilisés. Ce n’était pas le convoi de semi-remorques qui suit aujourd’hui le Rolling Stones circus mais, pour l’époque et pour le lieu, l’effort était considérable. Le résultat était à la hauteur : la puissance sourde et lourde de la batterie s’entendait dans le ciel africain de la capitale libérée tandis que l’énergie, la force spirituelle, l’histoire et l’émotion du reggae se diffusaient autour du stade. Aussi, lorsque Marley gémit « we don’t need more trouble » (War), l’atmosphere devint plus calme.

Les deux dernières minutes concédées par le colonisateur sur le départ étaient quinze, les Wailers chantèrent « Africans a liberate Zimbabwe ». La foule reprit le refrain et Bob conclut son show en appelant à l’unité pan-africaine, composante essentielle du message rasta.

Bob réédita l’expérience le lendemain, offrant un concert gratuit à 100 000 personnes, les pauvres, les chômeurs et les ouvriers qui n’avaient pas pu assister aux célébrations depuis les gradins du stade. Les Wailers furent particulièrement bons, jouant avec une énergie proche de l’extase, bien que Bob Marley parut un ton en dessous de sa forme habituelle, sans doute un peu dépité par les gaz lacrymo de la veille et affaibli par la maladie. Pour lui, un nouveau combat débutait.

Les Wailers passèrent une semaine au Zimbabwe, se comportant en véritables ambassadeurs de la Nation Rasta. Il »ovganiisèrent des matches de foot amicaux, rencontrèrent le Président Canaan Banana et les guérilleros dans leurs camps.


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